Argentine : bataille contre le glyphosate

Nous traduisons ici un article du blog de Graciela Cristina Vizcay Gomez, juriste et militante argentine qui participera aux Rencontres de fin avril.

 

Ils essaient d’interdire l’usage des produits agro toxiques probablement responsables de cancer et de malformations.

Un juge fédéral a demandé de cesser d’utiliser le glyphosate dans tout le pays suite aux demandes de divers organismes de santé. « L’utilisation de produits agro toxiques a été multipliée par  1000% entre 2005 et 2015 » ont alerté des professionnels de la santé.

Par Joaquin De Weert

« Nous devons interdire le glyphosate et commencer à parler d’agriculture écologique parce que, sans cela, nous allons tous mourir » assure sans euphémisme le président de la Fédération Syndicale des Professionnels de la Santé de la République d’Argentine (FESPROSA), Jorge Yabkowski. Parce que cet herbicide est utilisé en fumigations sur des produits que nous consommons au quotidien: soja, fruits, légumes verts, herbe et coton, pour ne citer que quelques exemples. « Cela fait au moins 10 ans que nous observons des maladies causées par ce produit agrochimique », a-t-il affirmé.

 » Les symptômes sont inimaginables, mais il faut que les autorités en souffrent dans leur chair pour en prendre conscience » regrette la Docteure  Graciela Vizcay Gomez, avocate et journaliste spécialiste de l’environnement consultée dans notre pays et en Europe sur ce fléau. Cancer, malformations, problèmes neurologiques, respiratoires, stérilité et fausses couches ne sont que quelques conséquences de l’emploi des produits agro toxiques, selon les spécialistes qui examinent les plaintes depuis des années. L’Organisation Mondiale de la Santé a elle- même lancé l’alerte en déclarant en mars 2015 que le glyphosate est « probablement cancérigène pour les êtres humains ».

En partant de cette situation alarmante,  cette année, on  va essayer d’interdire l’utilisation du glyphosate sur les cultures de tout le pays. Et un premier pas a déjà été franchi dans ce sens.

Le juge fédéral Fabian Canda, du Tribunal Administratif de la Capitale Fédérale, a demandé à la 3ème Salle de la Chambre Administrative Fédérale de Contentieux de rendre une mesure conservatoire afin de suspendre l’utilisation du produit agro toxique glyphosate en fumigations aériennes.  De plus, elle établit une zone de protection de 5 km pour la population de cet herbicide en cas de fumigations terrestres.

Le juge a repris une affaire débutée fin 2012 par des victimes de malformations et de nombreuses maladies telles que l’épilepsie, l’anémie hypo chronique et la leucémie:  » les informations et antécédents mettent en évidence, tout au moins, la dangerosité indéniable des produits agro toxiques à base de glyphosate », a-t-il dit. Les ignorer « signifie adopter une conduite en totale contradiction avec la jurisprudence émanant de la Cour Fédérale en matière d’environnement, quant à l’application du principe de précaution de la part des juges » a-t-il ajouté.

La Docteure Graciela Vizcay Gomez, est avocate et journaliste spécialiste de l’environnement et particulièrement de ce drame, elle a été une des signataires de cette affaire de 2012 qui a entraîné la demande actuelle de suspension de l’utilisation du glyphosate. Gomez a affirmé à notre média que les avancées pour essayer de réguler les fumigations dans les municipalités « sont rares et sporadiques, et dans les villes ou villages de plusieurs provinces les normes ne sont pas appliquées en général , par conséquent obtenir une Ordonnance constitue un pas en avant  mais localement seulement. Une Loi Nationale est donc nécessaire. La province de Buenos Aires a une loi ancienne qui ne prévoit pas les fumigations terrestres, par conséquent chaque municipalité fait ce qu’elle veut en respectant les intérêts des producteurs mais jamais en faveur des gens ».

Pour sa part, Jorge Yabkowski a expliqué à Infobae que Fesprosa et plusieurs groupes mènent une campagne pour l’interdiction du glyphosate depuis un an. Pendant cette durée, des manifestations ont eu lieu devant le SENASA ( Service National de Santé et de Qualité Agroalimentaire) et le Ministère de l’Agriculture, et des rapports ont été présentés, sans résultats, regrette-t-il.
Le président de Fesprosa a souligné qu’ils fondent leur plainte contre le produit agro toxique sur son potentiel cancérigène, mais qu’ils ont trouvé au cours de leurs enquêtes des troubles neurologiques, des problèmes respiratoires, de peau, de malformations et de fausses couches ».

Nous sommes le pays qui utilise le plus de produits agro toxiques par habitant de toute la planète. Entre 2005 et 2015 nous en avons augmenté l’utilisation de 1000%. Les mauvaises herbes sont de plus en plus résistantes et on en utilise de plus en plus.
Sur ce point, le prestigieux toxicologue Carlos Damin a précisé à Infobae: « l’utilisation du glyphosate a été largement étudiée et on a démontré sa toxicité et qu’il engendre des malformations. Aucune discussion n’est possible ». De toutes manières, le chef de toxicologie de l’Hôpital Fernandez a affirmé que son utilisation faite avec des précautions déterminées peut être profitable mais que « dans notre pays, cela est difficile parce que on ne prend pas de mesures de sécurité. On l’utilise sans discernement et près des populations ».

« Un enfer installé au cœur d’une ville, une catastrophe annoncée ».

Passant en revue toutes les zones contaminées du pays, Vizcay Gomez a décrit en détail l’endroit où se trouve le pire scénario bien qu’il s’agisse d’un drame difficile à classer.  » Le prix du « pollueur  en série » est attribué sans aucun doute à la ville de San Lorenzo, prov. de Santa Fe. C’est un enfer installé au cœur d’une ville où on contamine les camions  avec des grains, des poisons, les bateaux qui chargent ces mêmes grains et les silos laissent échapper une petite poussière empoisonnée dans les cours des écoles. C’est une catastrophe annoncée. Rien n’est contrôlé. Un tas de cancers se déclarent, y compris des cancers du sein chez des petites filles et des adolescentes, mais il n’y a pas de statistiques. La plupart des malades vont se faire soigner dans les hôpitaux de Rosario. Cela arrive maintenant dans les hôpitaux des petites villes, il n’y a pas de statistiques sur les naissances car les femmes doivent accoucher dans d’autres villes ».

Cette journaliste a participé à la production d’un documentaire qui mettait en évidence les cas d’enfants et de jeunes atteints de graves malformations et d’hydrocéphalie  et qui vivent au milieu de champs fumigés et dans des conditions d’extrême pauvreté à Misiones. Cette production pour la TV argentine a été montrée en 2011 et 2012. Il n’est pas exagéré de penser que certains de ces malades ne seront plus en vie en 2017.

Quels produits de la vie quotidienne contiennent-ils des produits agro- toxiques?

Pour ramener cette problématique à notre table,  la Dr Vizcay Gomez  fait une énumération alarmante; « Dans tout le pays des gens sont affectés et pas seulement par les poisons du soja ou le maïs mais aussi par les fruits, les légumes verts, les pommes de terre, les patates douces, qui sont fumigés avec des insecticides. On utilise des produits déshydratants sur les  olives, des agents agro toxiques sur la vigne et on en a trouvé des restes dans différents vins. On utilise des produits agro toxiques sur l’herbe à maté, preuve en est le nombre de malformations à Misiones où le tabac est aussi fumigé. Les rizières sont les principales responsables de la pollution de l’eau dans le Chaco et à Corrientes, les plantations de pins et d’eucalyptus à Misiones et Entre Rios. On en trouve aussi dans les céréales, les aliments pour bébés, les biscuits, les friandises et les boissons fraîches ».

On connaîtra le sort de la mesure conservatoire du juge fédéral Fabian Canda au cours des 4 premiers mois de 2017. Le président de Fesprosa a assuré que « pendant ce temps, l’information serait plus largement diffusée auprès de la population qui consomme tous les jours des produits agro toxiques. Nous voulons provoquer un débat social pour la santé de tous ». Le message de Yabkowski s’adresse aussi au gouvernement. « Nous avons besoin de l’aide de l’Etat pour que l’agriculture écologique puisse se développer ».
La solution concrète est l’interdiction urgente des fumigations…L’utilisation des produits agro toxiques est un génocide lent.
A ce sujet, Vizcay Gomez ajoute que, pour changer le modèle de production, l’Etat doit « motiver les agriculteurs bio et les producteurs qui n’utilisent pas d’intrants toxiques pour le sol et l’eau par des subventions. Ce n’est pas pour rien que dans les pays principaux, des établissements biologiques certifiés se développent ainsi qu’un étiquetage destiné au consommateur qui peut choisir ce qu’il veut consommer ou non, chose qui n’existe pas ici ».

Revenant à la mesure conservatoire du juge Canda, la spécialiste conclut:  » la solution concrète consiste à interdire d’urgence les fumigations aériennes qui sont les plus dangereuses pour la santé et à écarter les fumigations terrestres de toute zone urbaine, écoles rurales, terres cultivées et cours d’eau. Et cela jusqu’à ce que le modèle de production interdise complètement l’utilisation de produits agro toxiques considérée aujourd’hui comme normale mais qui est un génocide lent. »

Source: INFOBAE

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